la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Apprivoiser la bête : les quatre vérités sur le succès du numérique à long terme


Partie 2 : penser à demain

Alors que l’expression « faire du numérique » tombe en désuétude et devient de plus en plus synonyme de « faire des affaires », il convient de revenir à l’essentiel. Pourquoi et quand transformer votre entreprise pour mieux tirer profit des nouvelles technologies? Dans le cadre de cette deuxième partie de la série Les quatre vérités, Yanick Bédard, Vincent Ramsay-Lemelin et Pier-Luc Beaulieu, qui dirigent l’unité numérique de Sid Lee, abordent ces questions en toute transparence et sans détour.

Cette séance de discussion a été modérée par Brendan Murphy, ancien créateur de contenu sénior chez Sid Lee.

1. Surveillez les entreprises dans vos angles morts

Brendan Murphy : Partons de la base. Comment un entrepreneur peut-il savoir qu’il est temps pour lui d’amorcer le virage numérique de son entreprise?

Vincent Ramsay-Lemelin : Le bon temps, c’est maintenant. Il faut toujours progresser. D’ailleurs, les entrepreneurs le disent : quand une entreprise n’avance pas, elle recule.

Yanick Bédard : C’est d’autant plus vrai aujourd’hui, car nous sommes dans un contexte où la compétition n’est plus aussi intuitive. Prenons l’exemple d’Amazon.com qui a récemment acheté PillPack, une entreprise spécialisée dans la livraison de médicaments en doses préemballées. Le jour de la transaction, les actions d’entreprises pharmaceutiques américaines ont chuté de 8 % à 10 %. Ça voudrait dire qu’un entrepreneur québécois dans le domaine de la pharmacie, qui pouvait autrefois se contenter d’analyser ce que font Uniprix, Pharmaprix, Familiprix et Jean Coutu doit aujourd’hui penser à ses angles morts. Pas seulement ceux au Québec.

Pierre-Luc Beaulieu : C’est souvent l’arrivée d’un nouveau joueur qui pousse un client à entreprendre sa transformation numérique. C’est le cas des entreprises de télécommunications lorsque Netflix a pris de l’expension. Il ne faut pas attendre ce moment pour agir, sinon les efforts à déployer en gestion du changement deviennent trop importants.

2. Utilisez le numérique pour transformer vos activités internes

BM : Certains dirigeants d’entreprises B2B estiment ne pas avoir besoin de prendre le virage numérique, puisque leur développement des affaires ne s’effectue pas sur le web. Ont-ils tort de penser ainsi?

YB : Absolument. De nos jours, la technologie est de plus en plus facile à implanter. C’est possible de n’avoir ni site web ni application mobile et d’utiliser quand même les technologies pour se transformer et pour évoluer. On pense aux commerces de proximité, le bar Pamplemousse et la boutique Centrall, par exemple, qui utilisent seulement les médias sociaux parce qu’ils n’ont pas besoin de plus.

VRL : Quand un client entrevoit sa transformation numérique, il pense souvent aux façons de vendre ses services ou ses produits sur le web, mais ça ne s’arrête pas là. Il peut aussi faire de l’analytique pour optimiser la façon d’organiser ses espaces en magasin. Par exemple, il y a des entreprises comme Sobeys qui transforment la façon dont elles acheminent leurs produits d’un entrepôt à l’autre grâce à l’automatisation. Un entrepreneur du milieu agricole peut mettre des puces électroniques sur ses vaches pour savoir où elles sont en temps réel. Ce sont toutes des occasions invisibles au premier regard qui peuvent permettre à n’importe quel entrepreneur de prendre une longueur d’avance sur ses compétiteurs.

3. Parlez aux gens qui sont en contact direct avec votre clientèle

BM : Il y a 10 ans, tout ce qu’un client voulait, c’était une présence en ligne. Maintenant, vous dites que le numérique peut mener les entreprises à revoir leurs activités internes et leur philosophie. Par où commencer?

PLB : Beaucoup de nos clients ne prennent pas le temps de se pencher sur les données qu’ils ont déjà. Que disent les vendeurs en magasin? La communauté sur Facebook? Les employés des centres d’appels? Il faut analyser ces données pour ensuite déterminer où sont les occasions d’affaires et les points de friction. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait avec le site web de Vidéotron. On est allés s’asseoir avec des employés du service à la clientèle, question de mieux comprendre leur réalité et de créer des liens avec eux.

YB : Grâce aux données recueillies, on a pu dresser une liste de priorités et bâtir un plan à long terme qui tient compte des cinq prochaines années.

4. Gérez vos activités numériques comme vous gérez l’entretien de vos magasins

BM : Un plan à long terme, ça peut vite devenir très onéreux. Comment planifier un projet de transformation numérique de cette envergure ?

YB : Il faut diviser son projet en sous-parties autonomes et mettre en place des actions concrètes et rapides. C’est ce qui permet à tous les intervenants d’un projet de longue haleine de rester motivés. Il faut aussi savoir qu’une transformation numérique est un investissement en mode continu. Au fur et à mesure du développement, il génère de la valeur et augmente le potentiel de ventes.

PLB : Une transformation numérique, c’est une dépense d’opérations et non pas de site web ou de technologie. C’est un outil qu’il faut opérer, tout comme un magasin qu’il faut entretenir. Ce n’est pas comme un spot télé où le processus se termine à la livraison. Il faut surveiller la compétition, rester à jour, évoluer.

VRL : Toutes les entreprises aujourd’hui, si elles n’évoluent pas…

YB : Si elles n’évoluent pas, elles devront trouver autre chose.

Nous avons piqué votre curiosité ? C’est une bonne chose : nos prochains articles continueront à vous aider à réussir votre transformation numérique.

Les opinions exprimées dans ce billet sont celles de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement celles de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. En conséquence, la Chambre ne peut en aucun cas être tenue responsable du contenu publié.