The Chamber of Commerce of Metropolitan Montreal

3 idées à retenir de la conférence de Bertrand Piccard (in French only)

Vous n’étiez pas là le 3 octobre dernier? Bertrand Piccard, initiateur, président et pilote de Solar Impulse, livrait une conférence riche en expérience à la tribune Leaders internationaux Bell de la Chambre. Voici les trois idées que l’on peut en retenir, approfondies par une entrevue exclusive avec cet explorateur de notre temps.

« Le nouveau monde est celui des énergies propres »

En clôturant son tour du monde de 40 000 km sans avoir utilisé une seule goutte de carburant, Solar Impulse 2 a envoyé un message fort sur l’utilisation des énergies renouvelables. Sur son blogue, Bertrand Piccard notait : « Plus qu’un avion, je veux que Solar Impulse soit une puissante démonstration du potentiel des technologies propres d’aujourd’hui ». C’est chose faite!
Avec son slogan « Take it further », Piccard et son équipe nous lancent une invitation à poursuivre le développement des énergies renouvelables pour innover et créer de véritables transformations dans certaines industries qui ne se sont pas renouvelées depuis leur création, par exemple, les systèmes de chauffage.

2. « Pour innover, il faut sortir du système »

Bertrand Piccard explique qu’il faut ouvrir ses horizons lorsqu’on innove, renoncer à ses croyances et à ses habitudes pour entrer dans le doute et l’interrogation. Une telle remise en question stimule la créativité et permet d’inventer de nouvelles solutions.

À preuve, l’enjeu de la construction de Solar Impulse : les constructeurs aéronautiques voyaient surtout les raisons qui rendaient ce projet impossible. C’est finalement un chantier naval, spécialisé dans la fibre de carbone, qui a fourni les éléments de structure de l’appareil. Éloignez-vous donc des experts pour ouvrir l’univers des possibles!
Relater cette expérience a fait sourire notre conférencier : son grand-père, Auguste Piccard, avait rencontré le même problème pour construire sa nacelle, qui le transporterait dans la stratosphère. Une idée jugée folle. Devinez qui se chargea de ce chantier? La Compagnie belge de l’aluminium, spécialiste en tonneaux de bière.

 

3. « Stimuler sa créativité en travaillant avec des gens différents de soi »

Bien s’entourer est la clé de la réussite d’un projet. Pour Bertrand Piccard, cela se résume à l’équation suivante : 1 + 1 = 3. Vous êtes perdus? Notre conférencier vous donne plus de détails : « Souvent, on cherche à travailler avec des gens qui nous ressemblent pour éviter les conflits et pour se rassurer. On a alors 1 + 1 = 1, c’est-à-dire une relation calme, non créative, non innovante parce qu’on n’y apprend rien de nouveau. Le 1 + 1 = 3, c’est quand on travaille avec quelqu’un de complètement différent de soi et qu’on réussit à combiner nos expériences respectives. Quand il y a l’un, l’autre et tous les deux. C’est ce qui génère de la créativité. On arrive alors à faire beaucoup plus qu’échanger des idées. L’important est de comparer des expériences, que chacun arrive à entrer dans l’expérience de l’autre et à comprendre comment il peut y avoir une autre manière de voir. D’habitude, lorsqu’on parvient à réaliser ce travail des deux côtés, il en ressort alors une troisième expérience : une expérience commune aux deux. Vous avez là le 3 du 1 + 1. »

10 questions à Bertrand Piccard

La Chambre de commerce du Montréal Métropolitain (CCMM) a eu l’occasion de s’entretenir avec Bertrand Piccard, au lendemain de sa conférence.

CCMM - Beaucoup de jeunes étaient dans la salle, les futurs entrepreneurs et leaders de demain. Avez-vous des attentes envers cette génération?

Bertrand Piccard (B.P.) - On croit toujours que la nouvelle génération va changer le monde. Cette vision est un peu naïve, car cela fait plusieurs générations que très peu de choses changent.

Les jeunes ne vont pas changer le monde, ils vont se changer eux-mêmes. Et pour ce faire, il faut leur donner le goût du rêve, de la persévérance et du travail… Il est fondamental de leur montrer qu’ils sont capables d’aller plus loin que ce qu’ils peuvent faire, de réaliser davantage que ce qu’on leur dit.
Pour progresser, c’est aux leaders d’opinion, au monde politique, aux électeurs, aux entrepreneurs et aux chefs d’entreprise qu’il faut s’adresser. Ils ont plus de bras de levier pour changer.

Lorsqu’on parle à des jeunes, c’est à des individus qu’on s’adresse. Lorsqu’on arrive à parler à des gouvernements, à des chefs d’entreprise ou à de grands groupes de médias, c’est au pays qu’on envoie un message. Il est donc important de communiquer sur les deux fronts.

CCMM – Selon vous, les énergies propres représentent un secteur riche en opportunités sur le plan technologique et non une contrainte.

B.P. - Totalement. La protection de l’environnement est souvent présentée de manière menaçante pour notre confort et notre mobilité, et rébarbative parce qu’elle coûte cher. Il faut inverser le phénomène : mettre en évidence les solutions qui permettent de protéger l’environnement et qui sont génératrices d’emplois et de profit.

Tesla est un exemple en matière d’innovation. Cette entreprise a conquis des parts de marché fantastiques. Vous rappelez-vous ce que disait le patron de General Motors il y a deux ans? Au lieu d’avoir l’intelligence et l’humilité de dire qu’il s’agissait d’une stimulation et d’une inspiration pour toute l’industrie automobile, il a présenté l’entreprise comme une menace pour le secteur. C’est ainsi que l’on gagnera des adeptes.

CCMM – Vous avez salué l’introduction d’une taxe carbone par Ottawa.

B.P. – En effet. La décision canadienne d’appliquer une taxe carbone sur l’ensemble du pays est fondamentalement juste. C’est courageux et intelligent. C’est un exemple pour le reste du monde. Tous les pays doivent instaurer une taxe carbone, le plus vite possible.

En Europe, cette taxe existe, mais dans certains domaines seulement. Par exemple, en Suisse, vous avez une taxe carbone pour les combustibles et non pour les carburants. La taxe doit être applicable partout et chère.

Si on consommait de manière efficiente, les hydrocarbures ne seraient pas un problème aussi grave. Aujourd’hui, la catastrophe vient du gaspillage de notre consommation d’énergie, dû à de vieux systèmes, des machines désuètes qui sont complètement inefficientes.

CCMM – En est-on à la rupture d’un modèle?

B.P. - Oui. Mais la question est : dans combien de temps pourrons-nous vraiment infléchir la courbe d’émission de CO2? Nous sommes dans un réchauffement climatique qui n’a rien de semblable à ce qui a eu lieu dans l’histoire. Autrefois, lorsque le processus était naturel, il prenait des siècles, voire des millénaires. En ce moment, l’échelle de temps se situe dans la dizaine d’années. La corrélation entre la courbe de CO2 et la courbe de température est évidente.

CCMM – Parlez-nous de l’Organisation mondiale des cleantech1 .

B.P. – C’est une organisation que je suis en train de créer. Le but est de réunir des start-ups, des institutions, des fondations, des associations et des organisations du secteur des cleantech pour parler de leurs projets et de leurs réalisations. L’ensemble du réseau politique et médiatique de Solar Impulse sera mis à leur disposition. Cette organisation m’a paru essentielle, car actuellement, beaucoup d’informations sont mal communiquées.

CCMM - Hier, vous nous avez beaucoup parlé de « changer d’altitude ». Est-ce que ce changement signifie, pour un entrepreneur, s’obliger à regarder tous les horizons pour réaliser son idée (folle)?

B.P. - Changer d’altitude, c’est réaliser que tant qu’on ne change rien en soi – ses convictions, ses paradigmes, ses dogmes –, alors on restera prisonnier de vieilles manières de faire.
Or, si on veut évoluer, il faut renoncer à ses croyances et à ses certitudes pour voir ce qui existe d’autre. Comment pensent d’autres gens? Comment serait le monde avec d’autres perceptions? Embrasser cette réflexion rend beaucoup plus libre et nous permet de trouver d’autres solutions et d’autres stratégies que ce qu’on a habituellement appris.

CCMM – Comment est née votre association avec André Borschberg?

B.P. – J’avais déjà lancé le projet de Solar Impulse lorsque j’ai rencontré André. Il était chargé de diriger l’étude de faisabilité. Son rôle devait s’arrêter là. Cependant, j’ai eu le sentiment qu’ensemble, nous pourrions être très créatifs et complémentaires. Je lui ai donc proposé qu’on s’associe. Il a tout de suite dit oui. Mais on a aussi beaucoup discuté de notre manière de fonctionner à deux. Car une relation ne se construit pas toute seule, en dépit de ce qu’on nous apprend dans notre monde.

CCMM – Que devient Solar Impulse 2?

B.P. – Pour le moment, il est à Abu Dhabi. Nous étudions différentes options. Il pourrait de nouveau voler puisqu’il a encore 1 300 heures de potentiel. Cependant, cet avion a été construit pour réaliser un tour du monde, financé et entouré d’une équipe dans cet objectif précis. Le garder en activité deviendrait donc compliqué.

CCMM – Vous écrivez un livre sur cette aventure.

B.P. – Oui, avec André. On écrit ensemble, à deux voix. C’est un livre dans lequel nous décrivons chacun les situations vécues pour montrer comment deux personnes peuvent vivre un tel projet de manière complémentaire, avec, parfois, des approches très différentes. Il devrait paraître au début de l’année prochaine, mais c’est à confirmer. Il y a également un film francophone qui sera diffusé à la télévision française. Un autre film, complètement différent, anglophone, sortira l’année prochaine.

CCMM – Un conseil pour tout jeune entrepreneur qui souhaite lancer son idée?

B.P. – Ça dépend de l’idée. Il y a des gens qui sont convaincus de détenir « la » bonne idée, mais comme elle n’intéresse personne, ils n’arriveront pas à la mettre en œuvre. Ceux qui ont des idées complètement folles, qui suscitent la curiosité, pourront, quant à eux, la réaliser relativement facilement.
Quand vous avez une idée, il faut s’interroger, le plus objectivement possible, sur son utilité. Elle doit contribuer à la société pour fonctionner.


1 L’abréviation cleantech désigne les technologies propres. Les cleantech sont « les techniques et les services industriels qui utilisent les ressources naturelles, l’énergie, l’eau, les matières premières dans une perspective d’amélioration importante de l’efficacité et de la productivité. Source : http://www.cleantechsguide.com/cleantech-definition/
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